Comment faire bon usage des médicaments ?

Comment imaginer se passer de médicaments quand on en a besoin ? Mais s’ils sont efficaces et nous protègent, ils ne sont pas des produits comme les autres et leur usage n’est pas anodin, loin de là. Une utilisation erronée  (mauvais dosages, mélanges, prescription inadaptée…) de médicaments peut entraîner des troubles, parfois graves.

La conséquence sur notre santé d’un mauvais usage ou d’une mauvaise prescription de médicaments porte un nom savant : on parle alors de « iatrogénie médicamenteuse ». Ce phénomène est trop souvent minimisé alors qu’il est massif : les spécialistes estiment que les accidents médicamenteux font quatre fois plus de victimes que les accidents de la route et que le risque s’accroît avec l’âge (c’est logique :plus on avance en âge, plus la consommation de médicaments augmente). Pourtant, dans la plupart des cas, ils sont évitables.

Quelles peuvent être les causes d’un accident médicamenteux ?

Plusieurs causes sont possibles, qui peuvent se cumuler. Voici les plus fréquentes : 

  • Un mauvais dosage : par exemple, lorsque, au lieu des trois gouttes prescrites, le patient en prend cinq ou six. 
  • Une mauvaise prise : par exemple, lorsqu’au lieu de prendre ses médicaments le matin, comme prescrit sur l’ordonnance, le patient les prend le soir. Les effets secondaires peuvent être différents.  
  • Un non-respect du traitement prescrit : toutes les études montrent que de nombreux patients ne suivent pas correctement le traitement prescrit. Soit ils augmentent la dose, soit ils la diminuent, soit ils suspendent, provisoirement ou définitivement, le traitement. Les raisons de cette non-observance sont multiples : soit la prescription a été mal comprise ou mal entendue, soit le patient estime qu’en fonction des symptômes, il peut interrompre ou modifier le traitement.
  • Une interaction : lorsqu’un patient souffre de plusieurs pathologies, il prend plusieurs traitements (on parle alors de « polymédication »); cela multiplie les risques de se tromper ou d’oublier. Cette polymédication entraîne, d’une part, le risque d’incompatibilité des médicaments entre eux et, d’autre part, un cumul des effets secondaires de chaque médicament.
  • Une prescription inappropriée : lorsque le médicament prescrit par le médecin ne correspond pas – ou ne correspond plus – à l’affection.
  • Des effets secondaires indésirables : les effets secondaires d’un médicament peuvent varier, en nature et en intensité, d’un patient à l’autre en fonction de sa morphologie, de son état du moment ou des médicaments associés.

Quelles sont les manifestations possibles d’un accident médicamenteux ?

Une mauvaise association ou une mauvaise prise de médicaments peut se manifester de différentes manières, bénignes ou graves qui doivent servir de signaux d’alerte. Si elles surviennent, il faut avertir son médecin ou son pharmacien et se demander avec eux si leur origine ne se trouve pas du côté des médicaments consommés.

Il est donc important devant toute manifestation sortant de l’ordinaire ou symptôme nouveau de s’interroger sur une possible origine médicamenteuse.

Ces manifestations les plus fréquentes sont :  

  • Une altération de l’état général ;
  • Une sensation de fatigue ;
  • Des malaises ou des troubles d’équilibre avec risques de chutes ;
  • Des troubles digestifs (nausées, diarrhée, constipation)
  • Des troubles urinaires (polyurie, rétention) ;
  • Une perte de poids ;
  • Un sentiment de confusion ;
  • Des troubles du rythme cardiaque.

Si le patient est le premier alerté, l’entourage a néanmoins un rôle important à jouer. En effet, ces troubles doivent l’alerter et le conduire à s’interroger sur leur éventuelle origine médicamenteuse. Dans ces cas-là, il est important de toujours aborder cette question calmement, sereinement, sans jamais culpabiliser la personne ou remettre en cause le choix ou la compétence de son médecin.

Certains effets indésirables ne sont, en revanche, pas évitables : ce sont ceux liés au médicament lui-même (ils sont indiqués, de manière exhaustive, dans la notice d’utilisation du médicament) ou les allergies, si elles étaient inconnues auparavant.

Attention, beaucoup d’entre nous ignorent à quoi servent précisément le ou les médicaments qu’ils consomment. Ainsi, on estime que, passé 65 ans, une personne sur deux est dans ce cas. Pourtant une bonne information est un gage de sécurité. Il ne faut donc pas hésiter à demander à son médecin ou son pharmacien ! Informer clairement fait partie de leurs missions.

Quels sont les types de médicaments les plus souvent impliqués dans les accidents médicamenteux ?

Les antihypertenseurs 

Les antidépresseurs

Les neuroleptiques

Les anxiolytiques 

Les anesthésiques 

Les anticoagulants

Gare aux cocktails !

Anti-fièvre et antidouleur aussi efficace que courant, l’aspirine est aussi fréquemment prescrite pour fluidifier le sang. Il est donc fortement déconseillé de l’associer à d’autres médicaments destinés à produire le même effet, comme les anticoagulants. Le risque est alors de provoquer des saignements intempestifs, des gencives par exemple, ou de la muqueuse gastrique. Autre risque : qu’une simple coupure devienne hémorragique. Que faire alors ? Pour soigner une douleur comme un mal de tête, par exemple, on privilégiera le paracétamol qui n’a pas d’effet fluidifiant. Par ailleurs, certains aliments peuvent modifier les effets d’un médicament. C’est le cas du jus de pamplemousse, déconseillé avec la prise de nombreux médicaments, notamment anticholestérol. Autre exemple, le thé gêne l’efficacité d’un traitement à base de fer, qui pourrait être destiné à lutter contre l’anémie. De son côté, la réglisse est à proscrire en cas de traitement contre la tension car elle augmente cette dernière.

Comment éviter les accidents médicamenteux ?

Dans la majorité des cas, ils sont évitables, moyennant un strict respect des prescriptions et un dialogue avec son médecin et son pharmacien.

Voici quelques conseils simples pour les éviter :

En 2016, une vaste campagne de sensibilisation autour de la iatrogénie médicamenteuse a été lancée par les pouvoirs publics en association avec le LEEM (Les Entreprises du Médicament). 10 recommandations à destination des patients l’accompagnaient : 

  • Respecter la posologie et la prescription : le nombre de cachets ou de gouttes par prise, le nombre des prises, l’horaire des prises, la durée du traitement. 
  • A l’occasion de chaque consultation, informer son ou ses médecins de tous les médicaments pris, qu’ils soient prescrits par ordonnance ou qu’ils relèvent d’une décision personnelle.
  •  Ne jamais décider de moi-même d’interrompre, de suspendre ou d’espacer un traitement en cours.
  • Ne jamais hésiter à demander au médecin ou au pharmacien s’il existe des risques d’interaction entre les médicaments consommés.
  • Signaler à son médecin tout événement susceptible d’influencer l’efficacité ou la tolérance d’un traitement : hospitalisation, infection, choc émotionnel…
  • Avertir immédiatement son médecin si on soupçonne son traitement d’être à l’origine d’effets indésirables.
  • Faire un bilan régulier, au moins tous les ans, de ses traitements en cours avec son médecin traitant.
  • Conserver ses médicaments dans leur emballage d’origine.
  • En cas de substitution par un générique, faire clairement préciser par le pharmacien à quel médicament inscrit sur l’ordonnance il correspond et le faire inscrire sur la boîte. 
  • En cas d’achat personnel de médicament sans ordonnance, demander conseil au pharmacien : ce médicament est-il approprié ? Existe-t-il un risque éventuel d’interactions avec un autre traitement pris? Ce médicament est-il compatible avec son état de santé et son environnement ?

Du côté des génériques

Introduits en 1996 dans le code de la santé publique, les médicaments génériques représentent aujourd’hui près de 40 % des boites de médicaments remboursables prescrits en France. 

Ils le sont dans trois circonstances : soit le médecin l’inscrit directement sur l’ordonnance ; soit il indique son principe actif et c’est alors le pharmacien qui propose le médicament correspondant parmi les groupes de génériques qu’il a en stock ; soit il indique un médicament « princeps », c’est-à-dire non générique, et le pharmacien peut alors le remplacer par un générique comme la loi l’y autorise, à condition que le patient soit d’accord. Si le médecin indique la mention NS (non substituable) sur l’ordonnance, le générique ne peut être proposé.  Par ailleurs, chaque patient peut refuser la substitution et exiger un médicament non générique. Mais alors, le pharmacien ne pratique pas le ticket modérateur.

Un médicament générique n’entraîne pas, bien sûr, de risques supplémentaires en lui-même. Pour pouvoir être commercialisé, un générique doit faire la preuve de sa bioéquivalence, c’est-à-dire qu’il doit démontrer que son efficacité est très proche de celle du princeps. Ils renferment la même quantité de principe actif que ce dernier. Toutefois, un changement de nom peut provoquer une certaine confusion chez le patient et, donc, un risque d’erreur. Ne pas hésiter alors à écrire sur la boîte le nom du médicament qu’il remplace.

Les classes de médicaments

Par ordre décroissant de consommation :

Antalgiques

Antibiotiques

Antiacides

Médicaments ophtalmologiques

Anxiolytiques, somnifères

Antihypertenseurs

Médicaments des voies respiratoires

Antithrombotiques

Anticholestérol

Antidépresseurs

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